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Intervention de Mme KHIARI Bariza

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Bariza-webIntervention de Mme KHIARI Bariza
Sénatrice de Paris – 27 Juillet 2009

Chambre des conseillers – Rabat

Excellences, Mesdames, Messieurs et chers Amis,

C’est pour moi un grand honneur de m’exprimer pour la première fois devant vous dans le cadre de mes fonctions de Vice-Présidente du groupe d’amitié France-Maroc du Sénat. Permettez-moi de remercier le Président de la Chambre des conseillers, de cette invitation pour le dixième anniversaire de l’accession au Trône de sa Majesté Mohamed VI. Il s’agit là d’une marque d’estime à laquelle le Sénat français est très sensible, et je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude.

Tout cela s’inscrit dans l’activité inlassable de nos groupes d’amitié. A cet instant, permettez moi de saluer avec affection de Président du groupe d’amitié qui sait mettre son talent, sa compétence dans le développement des liens d’amitié qui unissent nos deux groupes.


Il est d’usage quand on fête un anniversaire de dresser un bilan. Gouverner un grand pays comme le Maroc n’est certainement pas facile, et nul ne saurait s’arroger le titre de censeur et donneur de leçons. Néanmoins, je voudrais, si vous le permettez, faire référence à certaines actions qui m’ont fortement impressionnée, pour mieux faire ressortir l’ampleur d’une œuvre naissante.
Certainement, il reste encore beaucoup à faire, n’en doutons pas ! Mais la mobilisation acharnée du Roi constitue un signe fort de son engagement à faire du Maroc un pays moderne, ouvert sur les autres civilisations, dynamique sur le plan économique et équilibré sur le plan social.

Je ne vais pas m’étendre sur les immenses chantiers en infrastructure lancés et suivis personnellement par le souverain sur l’ensemble du territoire. Ce nouveau Maroc en devenir n’est pas à voir uniquement à travers les réalisations techniques et structurelles.

Au-delà  des constructions, des réseaux et des éléments concrets, on assiste à  une évolution remarquable des mentalités. Et le Roi en est le principal inspirateur !

Il sait que le développement d’une société ne repose pas seulement sur les évolutions matérielles mais davantage sur la richesse de l’Humain, son épanouissement intérieur, son éducation et son ouverture d’esprit et que, cela dépend du degré de liberté et de démocratie mise en œuvre.
Alors, c’est sur la partie moins visible, mais qui change un pays de manière irréversible, que je voudrais lever le voile.

Commandeur des croyants, emblème d’un Islam de lumière et de tolérance, le souverain ne cesse, face d’une part, aux obscurantistes qui ternissent l’image de l’Islam et d’autre part, face à ceux qui présentent l’Islam comme une idéologie à combattre, de donner à voir le véritable message du « cœur du cœur » de l’Islam.

Sur la base de ces principes forts, Sa majesté Mohamed VI a impulsé des réformes profondes et courageuses sur le plan social,  sur le plan sociétal et sur le plan culturel.
Sur le plan social : L’initiative nationale pour le développement humain prouve sa préoccupation pour que le développement du Maroc ne se fasse pas par l’accroissement des inégalités et des frustrations qui sont le terreau de l’extrémisme, mais qu’il profite, au contraire, à l’ensemble de la population.

Sur le plan sociétal : la femme que je suis, membre de la délégation parlementaire aux droits des femmes, ne peut que se réjouir de la décision courageuse du Roi de prolonger la Moudawana par un nouveau code de la famille, qui consacre l’égalité entre les femmes et les hommes.

C’est en puisant dans l’héritage arabo-musulman que cela a été rendu possible. C’est donc à partir d’une interprétation et d’un raisonnement éclairé qu’il a été possible de contextualiser les grands principes de la tradition. Les femmes savent de manière intuitive que lorsque le nouveau renie l’ancien, le nouveau n’est rien. Ainsi, l’ancrage dans son propre héritage culturel permet de mieux appréhender la modernité. C’est ce que les femmes souhaitent. Elles savent que la  modernité artificielle produit ses propres dérives. En cela, cette réforme est marquée par le sceau de la durabilité.

Au-delà de la présence de femmes de grande qualité au Gouvernement, je salue l’initiative prise pour permettre une participation plus importante des femmes dans la vie politique du pays. Les dernières élections municipales en témoignent.

Sur le plan culturel : par la reconnaissance de l’Amazghit, le souverain a permis l’épanouissement de la diversité culturelle dans le respect de l’Histoire du Maroc.
C’est la preuve, s’il en était besoin, qu’il n’est pas nécessaire de se couper de ses racines tant religieuses que culturelles pour accéder à la modernité. Ces réformes sociales, sociétales et culturelles font sens car elles marquent la jonction harmonieuse entre tradition et modernité.

Je voudrais, si vous le permettez, dans la deuxième partie de  mon intervention faire référence à la région à laquelle nous appartenons tous, la Méditerranée, en lui donnant une coloration plus personnelle. Je suis parlementaire française, citoyenne française d’origine algérienne restée en fidélité avec la tradition qui m’a portée.

Cette tradition est aussi bien arabo-musulmane que maghrébine. Ces origines m’obligent. Elles font de moi une citoyenne des deux rives et à ce titre, je me permets de dire « Nous ». Également membre de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, je suis sensible à l’évolution de l’espace méditerranéen dans son ensemble.

Aujourd’hui, les regards se portent vers la rive Nord qui a réussi à construire un espace économique dynamique portée par une monnaie unique, en voie d’intégration politique.

Certes, cette entité demeure fragile, mais que de chemin parcouru ! Malgré les déchirements et les guerres fratricides, les ennemis d’hier ont su se tendre la main, mettant fin à leurs querelles, réglant par la négociation leurs différends pour bâtir ensemble un espace de paix.

Je ne suis pas de ceux qui invitent à copier les modèles occidentaux mais  le modèle de la construction européenne présente un intérêt certain, parce qu’il permet, aujourd’hui, la prospérité de tous les pays membres de cet espace. La libre circulation des biens et des personnes a permis l’accroissement des échanges entre les différents pays. La mise en place d’institutions communes et l’harmonisation des réglementations a permis un niveau de vie équivalent.

Qu’en est-il de l’espace régional maghrébin ? Ses potentialités sont énormes.

  • Une culture, une langue, une religion qui forment un socle commun incomparable.
  • Des ressources que nous gagnerions à rendre complémentaires.
  • Un capital humain qui se cristallise dans une jeunesse ayant un ardent désir d’avenir. Et, bien d’autres choses encore.

Pour toutes ces raisons, nous devons tout faire pour parvenir à lever les obstacles freinant l’émergence d’un espace régional cohérent et uni.

Comme cela a été fait dans l’espace européen, la première chose à établir devrait être une meilleure circulation des biens et des personnes qui amènera, au-delà de la liberté de mouvement, une complémentarité économique régionale au bénéfice des peuples.

Bien sûr, cela doit se faire aussi avec la volonté  de dépasser et de régler au fond les différends de toute nature dans un esprit de dialogue et de compréhension mutuelle. Il y a là une responsabilité devant l’Histoire. Il est de notre devoir de ne pas léguer les germes de ces différends à nos enfants. Expurger le passé est une exigence qui s’impose à tous pour la construction d’un avenir commun.

La Méditerranée n’est pas seulement un carrefour, un pont reliant l’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud, c’est un espace qui a été la matrice de la Civilisation. Il y a une citation inscrite dans la charte de l’APM que je reprends souvent :

« l’alphabet fut phénicien, le concept grec, le droit romain, le monothéisme sémite, l’ingéniosité punique, la munificence byzantine, la puissance ottomane, la coexistence andalouse, la sensibilité italienne, l’aventure catalane, la liberté française, l’éternité égyptienne et la science arabe ».

On ne peut se contenter d’être les héritiers de cette civilisation prodigieuse.  Je dirais que cet héritage nous oblige plus que d’autres, à être les acteurs du présent et les bâtisseurs de l’avenir. Et l’avenir passe par la construction d’un espace régional qui permettra :

  • à l’espace Méditerranéen dans son ensemble de redevenir le modèle  civilisationnel et interculturel qu’il a toujours été
  • et au Maghreb de retrouver plus naturellement sa dimension africaine et de peser de son juste poids face à la rive Nord.

Le gagnant-gagnant est l’apanage d’interlocuteurs forts.

Il s’agit là d’un défi éminent qu’il faudra relever, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi et surtout pour les générations futures.

C’est avant tout une question de volonté, je ne doute pas que sa majesté Mohamed VI qui a su inscrire, durant la décennie que nous fêtons aujourd’hui, le Maroc dans son siècle, saura donner l’impulsion nécessaire pour la construction d’un espace économiquement efficace et socialement juste.

De la volonté  naîtra le chemin. Et c’est en cela que l’exemple européen est utile ; il nous montre en effet que rien n’est insurmontable pour permettre l’Union.

Je voudrais terminer par une belle citation d’un homme de lumière. Cet homme m’a appris à aimer cette terre du Maroc dans toutes ses composantes qu’elles soient spirituelles, traditionnelles ou actuelles et il m’a aussi sensibilisé aux évolutions apportées par sa majesté Mohamed VI parce qu’elles placent l’Humain au centre ; je veux parler de Mon Maître, Sidi Hamza El Quadiri Boutchich dont la simplicité des propos n’a d’égal que leur profondeur et qui nous dit, je le cite « Dans le jardin, l’eau est Une et les fleurs sont multiples».

La leçon qu’il nous livre par cette citation est que la multiplicité ne peut s’épanouir, se déployer harmonieusement que si elle est irriguée par la force de l’Unité. Je suis persuadée que ce qui vaut pour les jardins, vaut autant pour les Etats que pour les Hommes.

En souhaitant de la part des sénateurs du groupe d’amitié France-Maroc à sa Majesté Mohamed VI un long règne, du bonheur pour lui-même, sa famille et la prospérité pour le peuple marocain, je vous remercie de l’attention que vous m’avez portée.

2 Résponses à :Intervention de Mme KHIARI Bariza

  1. mutuelle FRANCE Says:

    Merci pour ce post vraiment intèressant

  2. A. SOUSSI FRANCE Says:

    :)

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